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La Clinique de la Vision à Waterloo : une maison parmi d'autres, dans une jolie rue, en face d’un parc. L'entrée est claire : une salle d'attente, un comptoir d'accueil, des murs blancs. C'est ici qu’Alessandra Chaves exerce son savoir-faire d'ophtalmologue. Une praticienne rompue au traitement de la cataracte, une dégénérescence de la qualité de la vue due à l'âge. Une opération rapide et efficace permet de soigner cette opacification naturelle du cristallin.

Née à Salvador de Bahia, au Brésil, l'ophtalmologue s'est établie en Belgique en 2005, par amour : elle a rencontré celui allait devenir son époux en partant en mission humanitaire au Sénégal, avec l'organisation caritative Médecins du désert.

« J'ai réalisé de nombreuses opérations de la cataracte. Sur place, j'ai constaté le peu de moyens dont nous disposions. Il nous manquait les éléments les plus essentiels, notamment l'eau potable : je n'avais que de l'alcool désinfectant pour me laver les mains avant chaque intervention ! Nous étions trois chirurgiens et nous avons œuvré ensemble durant quinze jours pour améliorer les conditions de vie inhumaines des patients du petit dispensaire de Mbour (au sud de Dakar). Le rythme de travail y était infernal, lui aussi, puisque nous réalisions entre 20 et 30 opérations par jour !

J'ai rencontré celui qui est aujourd'hui mon époux lors de cette mission. C'est ainsi que je suis arrivée en Belgique et que j'ai accepté la proposition des Cliniques Saint-Luc d’intégrer leur équipe.

Dr. Chaves

 

En médecine, les progrès en matière de technique et les innovations scientifiques sont constants, quelle que soit la spécialisation choisie.

Un cursus brésilien très spécialisé

Alessandra Chaves entame des études de médecine à l'université de São Paulo, la capitale économique du Brésil. Jeune diplômée, elle participe à un concours pour suivre un cursus de spécialisation : elle décide de se spécialiser dans le traitement de la cornée par laser. S'en suit un stage à Montréal, au Canada.

« L'université de São Paulo m'a donné une formation pratique exceptionnelle : il s’agit d’un centre d'excellence reconnu internationalement pour l'ophtalmologie. Je lui dois une très bonne formation dans ma sous-spécialité, le traitement de la cataracte par laser. Si je la compare à d'autres formations, elle est à la pointe, car lors de mon stage à l'Université de Montréal, j'avais plus d'expérience en traitement par laser que le professeur de Harvard ! »

« Pendant les trois mois qu'a duré mon stage, nous avons eu de nombreux échanges très fructueux. Ma spécialisation a duré cinq ans, à ajouter aux six années de formation en médecine de base. Ceci dit, on se forme en permanence quand on fait ce travail : congrès, séminaires, formations postuniversitaires... Pour moi, il est essentiel de combiner la pratique privée et la pratique universitaire. »

Aussi, une fois cette formation achevée, la jeune ophtalmologue revient dans sa ville natale de Salvador et ouvre un cabinet privé. Elle combine alors son activité avec un mi-temps à l'université de Salvador. Elle forme également des assistants qui vont l'épauler dans son cabinet. L’un deux reprendra celui-ci une fois qu’Alessandra Chaves aura quitté définitivement le Brésil et présenté son doctorat sur le « changement au niveau des surfaces oculaires. »

En formation continue

« Lorsque je me suis installée en Belgique, j'ai voulu poursuivre dans cette voie, d'autant que je trouve le contact avec les jeunes qui se destinent à cette spécialisation très enrichissant d'un point de vue humain. Cela permet de partager nos connaissances et de contribuer à la formation professionnelle. Dans ma branche, il y a tout le temps des nouveautés. »

En médecine, les progrès en matière de technique et les innovations scientifiques sont constants, quelle que soit la spécialisation choisie. Pour la Brésilienne, cette situation représente un défi permanent très stimulant.

« La dégénérescence du cristallin touche 57 personnes de plus de 65 ans sur 1000. Autrement dit, avec l'âge, personne n’est à l’abri d’une opération de la cataracte. J'essaie de démystifier cette intervention, qui peut sembler très invasive, et de détendre l'ambiance en plaisantant : je dis aux patients que c'est comme les cheveux blancs, qu'il n'y a rien à faire.

l y a deux types de cataracte : la première est ce que nous appelons la cataracte classique, qui est liée à l'âge. La seconde est la séquelle d'une maladie ou d'une infection. C'est à cette dernière que nous avons été confrontés lors de la mission humanitaire au Sénégal. »

Je dis aux patients que c'est comme les cheveux blancs, qu'il n'y a rien à faire.

Reprendre ses études

Alessandra Chaves relate son parcours paisiblement, comme si tout cela était, somme toute, très banal. Pourtant, on ne peut que souligner le professionnalisme et la détermination de la jeune femme. Ainsi, pour pouvoir exercer en Belgique, elle a dû recommencer une partie de son cursus, ce qui fut pour elle un véritable parcours du combattant.

« Ma formation n'était pas valable ici. J’ai dû refaire une série d'examens, suivre un parcours de validation du diplôme de médecine et d'ophtalmologie, et refaire la dernière année d'assistanat à Saint-Luc pour pouvoir devenir la spécialiste en cornée et laser de l’hôpital. Sans oublier l’examen de connaissances, une épreuve qui a lieu tous les ans et qui s'adresse aux jeunes diplômés hors pays de l'Union européenne : le European Board of Ophtamology. »

Ce parcours de validation a duré cinq ans en tout, durant lesquels Alessandra Chaves a gardé son cabinet de Salvador.

Aujourd'hui, Alessandra est parfaitement ancrée en Belgique. De son Brésil natal, elle a gardé un petit accent charmant, un tempérament accueillant et généreux et un sens du devoir qui ne lui a jamais fait défaut. Elle partage son temps entre les Cliniques universitaires Saint-Luc pour un tiers, les deux autres tiers étant prestés dans la Clinique de la Vision de Waterloo. En dehors de sa vie professionnelle, elle est la maman comblée de deux enfants de quatre ans, Julie et Gabriel.

« Se partager entre le travail et les enfants, c'est complexe et, surtout, un peu culpabilisant. Ils grandissent tellement vite ! Je veux les voir grandir près de moi : la maternité est une mission noble que l'on ne peut pas déléguer. »

Un ange, ou plutôt deux angelots passent. Elle sourit. Comme toutes les mamans qui ont une vie professionnelle passionnante, Alessandra Chaves voudrait avoir deux journées en une. Malgré les progrès technologiques et numériques récents, c’est malheureusement toujours impossible. D'autres progrès lui ont, par contre, apporté beaucoup de satisfaction : ceux qui ont eu des répercussions sur sa spécialité, le traitement de la cornée.

La maternité est une mission noble que l'on ne peut pas déléguer.

Au plus près de l'innovation

« Les innovations sont aussi bien déployées en milieu hospitalier que dans cette clinique privée. Toutes les avancées technologiques ont beaucoup fait progresser la médecine sur le plan de l'imagerie. La chirurgie de la cataracte et la greffe de cornée, mes domaines de spécialisation, ont connu beaucoup de progrès notamment au niveau des techniques médicales. »

S'approprier ces progrès, cela demande de la curiosité, mais aussi un certain discernement. Et un peu de distance, pour les intégrer en toute connaissance de cause. Oui, les traitements qu'elle prodigue doivent être sûrs et avérés quant à leurs résultats. Elle avoue qu'elle est un peu conservatrice et que, lorsqu’une nouvelle technique voit le jour, elle patiente toujours avant de l’essayer.

« J'attends les publications des professionnels sérieux que je connais et les résultats de gens fiables avant d’appliquer ces nouvelles techniques. Je suis de nature prudente : je suis ouverte à la nouveauté avec discernement et esprit critique. »

Des spécialistes qui collaborent

Une attitude et un sérieux qui sont à l'origine de sa carrière de professeur aux Cliniques universitaires Saint-Luc et de chirurgienne en ophtalmologie au sein de la Clinique de la Vision. Elle y exerce dans une petite équipe de huit spécialistes ayant chacun une compétence spécifique.

Le directeur et fondateur de la clinique traite le côté administratif et médical. Il a créé une organisation très horizontale, dont tous les membres sont indépendants.

« Chacun a sa personnalité juridique ou physique. Évidemment, au niveau de l’administration, chacun doit également gérer ses propres dossiers. Ce que nous partageons, ce sont les connaissances. »

Les patients sont orientés par le secrétariat de manière à être reçus par le spécialiste qui pourra traiter leur pathologie. Il ne s'agit pas ici d'une structure verticale, mais bien d'une collaboration horizontale. La clinique met les locaux et le matériel nécessaire à la disposition des spécialistes.

« Chacun d'entre nous s’investit en fonction de son domaine de spécialité. Je n'hésite pas à confier un patient au spécialiste que j'aurais choisi si j'avais eu un problème similaire au sien. »

Certains cas peuvent être plus complexes, mais c'est rare. Alessandra Chaves mise sur la collaboration et n’hésite pas à consulter ses confrères en cas de doute. Lorsqu’elle n’est pas en mesure d’apporter une réponse à un assistant elle se renseigne auprès de ses collègues, qu’ils soient à la Clinique de la Vision ou à l'Université de Montréal.

« Je discute, et cela me permet également d'apprendre ! Voilà, c'est ça le côté sympa d'avoir des assistants : on reste en formation permanente. C’est gratifiant d'être avec eux : on garde une fraîcheur professionnelle. D'ailleurs, lorsque mon planning le permet, je fais un peu de recherche. Les assistants sont conscients de mon intérêt pour l'apprentissage et n'hésitent pas à partager leurs interrogations avec moi. »

Un cercle vertueux fait de formation, de pratique et de partage qui, aujourd'hui, permet à l'ophtalmologue d'être rassurée : elle a atteint les objectifs qu'elle s'était fixés.

« Moi, je m'engage à améliorer la qualité de vie et la qualité de la vue. »

Une belle façon de résumer l'engagement de cette femme hors du commun.

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Aude-Line Berrahou
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