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Depuis combien de temps ce conflit s'annonçait-il ?

Pascal Coppens: « On assistait à un conflit larvé depuis des années. Évidemment, je me place principalement du point de vue de la Chine. La Chine qui partage depuis des années les mêmes préoccupations que la Russie à ce niveau. Cela a commencé il y a six ans, lorsque Barack Obama, alors président des Etats-Unis, a envoyé des navires militaires en mer de Chine méridionale. La Russie a ressenti une pression militaire similaire de la part de l'Occident dès 2014 et l'annexion de la Crimée. Depuis lors, la Chine et la Russie sont confrontées au même défi : la menace militaire de l'Occident. Ils ont une peur commune. Tout comme nous avons peur de l'Est : La Russie, la Chine et le communisme.

Les enjeux de la guerre que les Russes ont déclenchée en Ukraine le 24 février dépassent de loin l'intérêt régional. Le président russe Vladimir Poutine a nettement fragilisé l'équilibre des puissances internationales. Ce qu’il veut surtout montrer, c’est que l'ère de l'après-guerre froide, avec son idée d'un Occident dominant, est définitivement révolue. Il veut participer à la création d’un nouvel ordre mondial, dans lequel la Russie aurait un rôle de premier plan. La Chine veut aussi jouer un tel rôle.

Il y a cependant une différence importante entre ces deux pays : la Chine gère les choses autrement. Les Chinois veulent que la transition vers ce nouvel ordre mondial se fasse naturellement. Ils cherchent des solutions en négociant. Pour eux, il s'agit plutôt d'un jeu de pouvoir. Poutine, en revanche, a une approche belligérante qui ne correspond pas à la vision de la Chine ».

Quel regard la Chine porte-t-elle sur ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine ?

Pascal Coppens: « La Chine n'approuve pas cette situation, mais elle est prise entre deux feux. Le pays est économiquement et militairement très fort. La Russie est beaucoup moins forte dans ces deux domaines et c'est précisément la raison pour laquelle elle tient à se rapprocher de la Chine. Après de nombreuses années de négociations, Poutine a scellé cet accord dans une déclaration commune sur les relations internationales et la coopération entre les deux pays, que lui-même et le président chinois Xi Jinping ont signée le 4 février dernier.

Sans s'en rendre compte, la Chine est tombée dans le piège de Poutine, tout comme nous. La Chine n'a pas réalisé que Poutine allait effectivement envahir l'Ukraine quelques semaines plus tard et est également surprise par ce qui se passe. Mais leur partenariat stratégique est écrit noir sur blanc. Et un accord est un accord. Ils ne peuvent plus prendre de distances sans minimiser leurs propres préoccupations concernant la menace militaire occidentale. La Chine rend les Etats-Unis principalement responsables de cette situation. »

Mais la Chine avait certainement un intérêt à signer cet accord ?

Pascal Coppens:« Evidemment, la Chine n'a pas signé cet accord stratégique à la légère. La Chine et la Russie forment une parfaite complémentarité économique. Le gaz, le pétrole et les céréales sont les trois plus gros problèmes de la Chine. Les Chinois ont besoin des Russes pour obtenir ces ressources. Une bonne relation avec la Russie est cruciale pour protéger la population chinoise ».

Quel rôle la Chine peut-elle jouer dans ce conflit ?

Pascal Coppens: « Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Stolz ont rencontré aujourd'hui (ndlr : mardi 8 mars) le président chinois Xi Jiping. Ils voulaient sans doute persuader la Chine de parler à Poutine et de l'amener à la table des négociations. Les Chinois ont immédiatement publié un communiqué de presse indiquant qu'ils étaient très préoccupés par la violence en Ukraine. Xi Jiping demande à toutes les parties de faire preuve de retenue. Il veut aider à trouver une solution pacifique.

La Chine est la dernière amie de Poutine. Et donc peut-être la seule qu'il écoute encore. Il faut saisir cette opportunité. Je pense que la Chine pourrait bien jouer le rôle le plus important pour aider la Russie et l'Ukraine à sortir de cette terrible situation. Même si c’est loin d’être simple.

Que fera la Chine pour faire changer d'avis Poutine ? Certainement pas imposer des sanctions. Xi Jiping ne soutient pas du tout les sanctions occidentales contre Poutine. Il y a une raison à cela. La Chine refuse de suivre la ligne de conduite de l'Occident. Par le passé, la Chine a également été confrontée à des sanctions imposées par les pays occidentaux. Des sanctions qui visaient notamment le domaine technologique, les importations et qui ont débouché sur une guerre commerciale. La Chine considère ces sanctions comme un moyen de lui nuire et de freiner son développement. Les Chinois sont bien conscients que la Russie pourrait être victime des sanctions imposées et ils ne peuvent pas l'accepter. Sans compter qu'à long terme, ce n'est pas dans leur intérêt.

La Chine peut toutefois rappeler Poutine à l'ordre s'il va beaucoup plus loin. Comment ? Il est difficile de l'évaluer. Mais la Chine peut faire miroiter une aide financière. ‘Si vous faites ceci ou cela, nous promettons d'investir en Russie’. Les pays occidentaux ne peuvent plus le faire. Nous sommes allés trop loin. Les entreprises occidentales quittent la Russie les unes après les autres. Il serait totalement invraisemblable que nous déclarions demain que nous voulons aider la Russie à se redresser ».

Et la Chine et l'Ukraine ? Elles entretiennent aussi une relation particulière, non ?

Pascal Coppens: « L'Ukraine est un pays à part pour la Chine, et ce pour plusieurs raisons. Ainsi, la nouvelle route de la soie ferroviaire, le projet phare du président Xi, traverse directement l'Ukraine. Par ailleurs, l'Ukraine est également un important fournisseur de céréales pour la Chine. Ce ‘grenier à blé’ est capable de nourrir 600 millions de personnes. L'Ukraine pourrait bien résoudre une partie du problème alimentaire de la Chine. La Chine prévoit d’ailleurs d'investir beaucoup plus en Ukraine à l'avenir. En particulier dans les projets d'infrastructure, comme la construction de la nouvelle ligne de métro à Kiev.

En outre, la Chine défend avec force la souveraineté des pays. Elle reconnait l'Ukraine comme un pays à part entière et pense que l'Ukraine ne doit pas être annexée. La Chine n'avait d’ailleurs pas vu d'un bon œil l'annexion de la Crimée.

La Chine est prise entre deux feux et a beaucoup à perdre si le conflit entre la Russie et l'Ukraine devient complètement incontrôlable ».

Certains disent que la Chine voit également dans le conflit en Ukraine une incitation à annexer Taïwan dans un avenir proche.

Pascal Coppens« Taïwan devra revenir un jour ou l’autre dans le giron chinois. L'île s'est ‘détachée’ de l’empire du milieu pendant la révolution chinoise en 1949. Mais la Chine n'est pas pressée, il n'y a pas de calendrier. Elle en fait plutôt une question de principe du point de vue de l'histoire. Toutefois, si Taïwan venait à déclarer son indépendance, la Chine interviendrait. Tout comme Poutine est intervenu lorsque l'Ukraine a proclamé qu'elle voulait rejoindre l'OTAN. On peut effectivement établir ce parallèle. Mais cela s'arrête là. Ce n'est pas parce que Poutine a envahi l'Ukraine que la Chine va maintenant envahir Taïwan. Tant que l’île ne déclarera pas son indépendance, il ne se passera rien.

En outre, il existe une autre grande différence avec l'Ukraine. L'OTAN n'est pas autorisée à aider militairement l'Ukraine. Mais les Etats-Unis seraient obligés d'aider Taïwan si la Chine devait l'envahir. La Chine se rend compte que cela pourrait signifier le début d'une guerre entre la Chine et les Etats-Unis. Et ça, c'est un scénario que nous voulons absolument éviter.

A mon avis, la guerre en Ukraine est plutôt un soulagement pour Taïwan. Taïwan obtiendra plus de marge de manœuvre de la part de la Chine, qui se rend sans doute compte qu'il est préférable de ne pas agir sur ce plan actuellement. La Chine va se montrer plus prudente. En ce sens, l'invasion de l'Ukraine a un impact sur la situation entre la Chine et Taïwan ».

L'Occident n'aurait-il pas pu éviter ce conflit ?

Pascal Coppens: « Si. Il y a une chose que l'Occident aurait dû faire : promettre que l'Ukraine ne rejoindrait jamais l'OTAN. Et alors cela ne serait probablement pas arrivé. La Russie a fait pression sur les négociations à ce sujet pendant des mois. Ils voulaient obtenir une sorte d'accord de sécurité les impliquant. Il s'agissait simplement de signer un document dans lequel l'OTAN s'engageait à ne pas s'étendre en Ukraine et, par conséquent, à ne pas installer sur le territoire ukrainien d'équipements militaires susceptibles de menacer la sécurité de la Russie.

Mais l'OTAN a ignoré les appels répétés de la Russie. Pourtant, négocier aurait certainement été une option viable à l'époque. S'asseoir autour de la table et écouter les arguments de Moscou. Mais cela n’a pas eu lieu.

Devons-nous nous préparer à un conflit de longue durée ?

Pascal Coppens: « Jeudi prochain (ndlr: le 10 mars), les ministres russes et ukrainiens des affaires étrangères se réuniront autour de la table des négociations. Il y a donc une petite lueur d'espoir. Si ces discussions n'aboutissent pas, tout dépendra de la rapidité avec laquelle Poutine prendra Kiev. Si le pouvoir change de mains là-bas, tout va changer. Kiev occupe une position clé. Si Poutine écarte le président ukrainien Zelensky, les choses pourraient aller vite. Mais cela pourrait aussi prendre beaucoup de temps. Il y aura tellement de victimes civiles que la Russie ne sera plus en position de négocier avec personne. Poutine deviendra alors un criminel de guerre. Et on assisterait alors à un autre scénario. Parce que Poutine pourrait devenir encore plus dangereux. Et si c’était le cas, la Chine ne voudrait pas être impliquée. Parce qu'elle serait alors forcée de prendre parti. Et elle ne le fera pas.

Quelle influence cette guerre peut-elle avoir sur la scène mondiale et sur l'ordre des puissances ?

Pascal Coppens: « Ma grande crainte aujourd'hui est que nous poussions la Chine dans le même camp ennemi que la Russie, ce qui entraînera une perte de confiance encore plus grande. L'ordre mondial était déjà en train de changer. Mais le conflit en Ukraine pourrait très bien accélérer ce mouvement.

Mastercard et Visa ont suspendu leurs opérations en Russie. La réaction des Russes ? Ils basculent vers le réseau chinois Union Pay. Et on voit soudainement d'autres pays, comme l'Inde, demander de rejoindre le système chinois. Parce qu'ils ont peur de se voir un jour isolés par l'Occident, à l’instar de la Russie. Nous ne nous rendons pas compte de l'impact de cette situation sur les personnes qui se trouvent 'de l'autre côté'. Ils se disent : 'Si les pays occidentaux et les États-Unis nous coupent du reste du monde, nous sommes finis'. Et ils ne veulent pas courir ce risque. Ils se tournent donc vers la Chine comme s’ils prenaient une assurance pour l'avenir.

Cette guerre révèle pour la première fois en 50 ans la puissance du système occidental. On a le pouvoir de tout couper. Et on peut aller très loin dans cette logique. La plupart des entreprises ne veulent déjà plus faire affaire avec la Russie. Depuis hier, les étudiants russes ne sont plus autorisés à venir étudier en Belgique. Quelle sera la prochaine étape ? Nous devons nous rendre compte que 6 milliards de personnes dans le monde ne bénéficient pas de l'influence occidentale et que ces personnes se réveillent soudainement et se demandent ce qui se passe. Tous ces gens ne sont pas d'accord avec la Russie. Loin de là. Mais ils se rendent compte qu'ils doivent se couvrir d'une manière ou d'une autre. Se rapprocher de la Chine est une possibilité. Et donc l'ordre mondial peut changer très rapidement. C'est ma vision. Et oui, je suis inquiet. La Chine n'abandonnera pas la Russie. D’une part en raison de la déclaration commune qu'ils ont signée il y a quelques semaines, et d’autre part parce que, comme la Russie, ils ressentent la pression de l'Occident.

La Chine est de toute façon en train de dépasser les États-Unis en tant que première économie mondiale. Nous entrons dans un nouvel ordre mondial qui ne sera plus dominé par les États-Unis mais dans lequel la Chine revendiquera sa place. On assiste actuellement à une redistribution accélérée des cartes géopolitiques.

Aude-Line Berrahou
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