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« Pendant un siècle, celui de l’avènement de la chimie de synthèse, on les a ignorées. Je serai celui qui ira les repêcher et les faire briller dans le monde médical pour qu’elles retrouvent toute la splendeur dont elles jouissaient il y a des centaines, voire des milliers d’années. »

Prana se réfère à l’Ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. L’Inde, où fleurissent cardamome, basilic, giroflier, cannelle, poivre, curcuma… est aussi le berceau des plantes aromatiques, que ce fils et petit-fils de pharmacien aurait tant aimé faire pousser dans son potager d’enfant. Il rêve alors de voyages ou de nature, et capte inlassablement les paysages, la flore et les oiseaux du Zwin à travers l’objectif de son appareil photo. Il se projette photoreporter, au grand dam de son père, qui, parmi ses cinq enfants, voit en lui le seul susceptible de reprendre les pharmacies familiales.

Résigné, le fils prodigue obtempère, étudie la pharmacie, et rencontre celle qui deviendra sa femme, sa précieuse complice, son ancrage. Un détour de deux ans dans la délégation médicale lui permet de se situer par rapport à ce métier. « C’est très intéressant, en tant que jeune pharmacien, d’être "à la solde" du lobby pharmaceutique. Je suis peut-être pharmacien dans l’âme, mais très vite, j’ai eu la conviction que ce ne serait pas dans ce milieu-là que je me réaliserais ». Le couple reprend néanmoins les trois pharmacies familiales qu’il développe en créant un laboratoire homéopathique pour le besoin propre de ses officines.

Une petite diode luminescente s’agite dans l’un des recoins les plus obscurs de mon cerveau, comme une révélation : c’est exactement cela que je dois faire !

Le souffle révélateur du Prana

Un soir, par hasard - ou serait-ce la synchronicité qui lie le passé, le présent et l’avenir ? -, le pharmacien trentenaire assiste à une conférence de Pierre Franchomme, spécialiste en aromathérapie. « Une petite diode luminescente s’agite dans l’un des recoins les plus obscurs de mon cerveau, comme une révélation : c’est exactement cela que je dois faire ! » Travailler les huiles essentielles qui viennent des quatre coins du monde, c’est rejoindre ses rêves de jeune homme : voyager en Australie, au Maroc ou au Vietnam pour se rendre sur des cultures de plantes aromatiques, sans appareil photo, certes, mais avec les yeux. Et le nez.

Le Prana est l'énergie cachée de l'univers, une force en mouvement constant. Son souffle est le commencement de toute décision et action, c’est l’énergie essentielle. Suivant son instinct, Dominique Baudoux décide de se former à l’aromathérapie scientifique. Immédiatement, il se sent pris au piège des huiles essentielles. « Elles m’ont montré de telles capacités que je suis tombé sous leur emprise. En tant que thérapeute, elles exercent sur moi un pouvoir de séduction incroyable. » Tel Jean-Baptiste Grenouille, le héros du Parfum de Patrick Süskind, sa vie a désormais un sens, un but et une mission transcendante. « Qui maîtrise les odeurs, maîtrise le cœur de l’humanité. »

 

Le messager des huiles

Décision, action. Convaincu que les huiles essentielles seront l’un des atouts de la santé de demain, Dominque Baudoux crée, en 1991, Pranarôm International, laboratoire d’aromathérapie scientifique et médicale. La société commercialise actuellement pas moins de trois cents huiles essentielles de très haute qualité et une vaste gamme de produits finis à inhaler, en spray, en capsules ainisi que des huiles de massage. Le groupe est composé de cinq implantations et filiales, et travaille avec quelque deux cents collaborateurs. C’est dans le laboratoire de production de Ghislenghien que les huiles, en provenance de plantations des quatre coins du monde, sont conditionnées et distribuées vers trente pays et plus de treize mille points de vente, dont 80 % sont des pharmacies. Un manuel d’utilisation des huiles essentielles chémotypées, rédigé par Dominique Baudoux et son épouse, est chaque année tiré à plus de cinq cent mille exemplaires, preuve de l’intérêt du consommateur pour ces précieuses huiles.

Parallèlement au développement de sa société, l’entrepreneur cherche, innove, et publie une bonne dizaine d’ouvrages. Pédagogue hors pair, il court le monde pour donner des conférences et former des étudiants, en pharmacie notamment. « Je n’ai rien inventé, je n’ai fait que créer un répertoire de l’archéologie des connaissances des huiles essentielles », affirme-t-il. La technologie permet aujourd’hui de comprendre les mécanismes d’action de leur biochimie sur de nombreux symptômes. Les huiles essentielles peuvent être totalement comparées aux molécules de synthèse utilisées dans les médicaments. « Il faudrait rappeler plus souvent au monde médical que beaucoup de ces molécules n’ont pu être produites qu’en s’inspirant de ce que la nature fait depuis toujours. Les huiles essentielles ont leur place à côté des médicaments. Pas à la place. » Dominique Baudoux se veut être le messager des huiles.

 

Les huiles essentielles ont leur place à côté des médicaments. Pas à la place.

Le souffle coupé

En 2002, le chef d’entreprise découvre, le souffle coupé, sept chefs d’accusation à son encontre à la une du Soir. Les interrogatoires, perquisitions à son domicile et procès à huis clos face au ministère de la Santé publique aboutissent à la suspension du prononcé. Les juges n’y voient en effet que la maladresse d’utiliser des termes qui ne peuvent être appliqués aux produits commercialisés par Pranarôm et estiment qu’il n’y a pas de volonté d’enfreindre les lois. L’homme d’affaires a failli être incarcéré. Il s’est senti seul, sans soutien. Démoli, il rebondira grâce à cette rage au ventre qui lui a permis de puiser en lui la capacité à se blinder. Aujourd’hui, il remercie celui qui a cherché sa perte et qui, ce faisant, lui a offert la possibilité de régulariser, en quelques semaines seulement, le flou juridique autour de la terminologie de ses produits.

Pour utiliser au mieux notre raison, nous avons besoin de sécurité et de quiétude. Quand il va à la lutte, Dominique Baudoux s’arme : quelques gouttes de laurier noble délicatement posées sur la face interne du poignet, il joint les mains en cathédrale pour couvrir le nez et procède à une longue et profonde inspiration. L’huile essentielle étant volatile, elle se propage doucement dans le nez pour arriver au cortex limbique, siège des émotions, et modifier ainsi le ressenti et le comportement. Les molécules agissent sur le plan de la matière, de l'énergie et de l'information. « Ce que j’ai respiré n’est pas mesurable, juste une fragrance, ce n’est qu’une odeur, pourtant tellement puissante. » Cette simple méthode d’olfactothérapie utilise le pouvoir des huiles essentielles en infra-dose, et donc sans toxicité. Car c’est précisément le dosage qui fait la différence entre un médicament et un poison, comme en atteste un rapport de l’OMS qui stipule que le médicament est la sixième cause de mortalité. Pour le pharmacien Baudoux, la plus grande médecine qui guérit véritablement est la chirurgie.

Le 30 juillet 2004, il croit voir son dernier jour arrriver lors de la catastrophe de Ghislenghien. L’explosion d’une conduite de gaz, située à moins de cinquante mètres de l’usine Pranarôm, entraîne la mort de vingt-quatre personnes et en blesse cent trente-deux autres. Un morceau de route projeté s’écrase sur le toit des bureaux, laissant un trou béant vers le ciel. Des panneaux sont arrachés par le souffle de l’explosion, les vitres explosent sous l’intense chaleur. Des scènes apocalyptiques que l’on ne devrait jamais voir, et la peur de tout perdre, à nouveau. Brûlé au deuxième degré, sur des zones heureusement très limitées, l’homme averti applique méthodiquement et instantanément son huile essentielle de lavande aspic. Au bout de cinq jours, son ami médecin ne peut que constater la guérison des plaies. Dominique Baudoux reste malgré tout choqué psychologiquement.

En juillet 2005, une préparation mal dosée, combinée aux intenses chaleurs estivales et à l’utilisation périlleuse d’un mélangeur, provoque une nouvelle explosion. Cette fois, c’est l’usine même qui est atteinte : un ouvrier est grièvement blessé. Dominique Baudoux est nouveau confronté à la police judiciaire, embarqué pour trois années de procès, contre le ministère du Travail cette fois. Il sera encore écouté et acquitté.

Quand il gamberge, le scientifique écrit : Messages de ma nuit, thriller autobiographique. Thérapie ou passion débordante ? Sur la feuille blanche, il canalise ses angoisses par son imaginaire, avec toute la poésie de ses chères huiles. Conscient de son tempérament mélancolique, Dominique Baudoux a besoin de joie. Il lui faut corriger ce stress permanent par des éléments équilibrants, harmonieux. Il respire alors l’huile essentielle de néroli dont il vante, tel un sommelier, « la note florale de la fleur d’oranger bigaradier, citronnée, chaude, ronde, ample, câline et de surcroît incroyablement psychoactive. »

Ancrage olfactif

« Saviez-vous qu’une huile essentielle peut vous sauver la vie ? » La vanille, utilisée dans les couveuses des grands prématurés, permet d’éviter plus de 50% des apnées centrales les plus sévères. Cette essence jouit d’un statut particulier puisqu’elle est universellement reconnue : sa structure moléculaire brute se retrouve dans le lait maternel. C’est un ancrage olfactif universel ! Toujours le pouvoir de l’odeur, sœur de la respiration. L’odeur qui apporte le message. L’olfaction est une fonction vitale, directement rattachée à l’instinct de vie. On ne peut s’empêcher de respirer, de sentir. L’odorat est un sens réflexe : sentir et ressentir. Car tout passe par le ressenti, qui n’est ni mental, ni émotionnel.

Si trente ou quarante huiles essentielles peuvent soulager une pathologie, une seule sera pour chacun réellement efficace : celle dont on appréciera l’odeur. Car le nez ne se trompe jamais. Il s’éduque et se cultive, par contre. C’est le principe élémentaire du plaisir de la vie. Et, plus Dominique Baudoux avance, plus il se rend compte qu’il ne parviendra jamais à découvrir totalement l’infini pouvoir des huiles essentielles. Ses préférences évoluent, et son instinct lui dicte ce qui est bon à chaque moment de sa vie. L’huile essentielle d’angélique, par exemple, est pour le cérébral qui a besoin de rêves doux et protecteurs, une alliée pour partir à l’aventure et s’exposer, car « elle permet de rester connecté à la terre, d’être imperturbable tout en regardant les personnes et les choses avec bienveillance ».

S’il s’avoue mauvais perdant, il sait transformer ce défaut en force, et transcender le problème afin que tout le monde puisse en tirer parti. Il accepte la défaite par un lâcher prise et, opiniâtre, ne baisse jamais les bras. En ce jour d’octobre, il digère, avec une élégance malicieuse, la victoire de la société Daoust, qui remporte le trophée de l’entreprise de l’année 2016, reléguant Pranarôm à la deuxième position. « Il est probablement judicieux, politiquement, de récompenser une société d’intérim dans le climat social actuel de licenciements chez Caterpillar, AXA ou ING. Cela apportera une visibilité dans le monde du travail à cette société belgo-belge. Et c’est très bien ainsi. Mais tout Belge qui a de l’ambition n’aspire qu’à sortir de ses frontières. Nous qui faisons 80 % de notre chiffre à l’étranger, nous n’avons pas un réel besoin de cette reconnaissance. De toute façon, nous étions les meilleurs, et si nous n’avons pas été élus, c’est qu’une pollution nous en a empêchés. » (Sourire).

Saviez-vous qu’une huile essentielle peut vous sauver la vie ?

Vision, mission, action

Même s’il admet avoir connu une solide traversée du désert, l’homme estime sa situation actuelle des plus enviables : autodidacte en matière de business, il gère une entreprise florissante qui lui permet de s’entourer des meilleures compétences pour se consacrer à sa mission de leader d’opinion : être le messager des huiles essentielles et montrer leur potentiel dans le domaine de la santé, notamment l’amélioration garantie des états Alzheimer. Il mène son combat, fidèle à sa mission et à ses idéaux qu’il partage chaque jour avec le monde de la santé. Car ce que ce scientifique aime par-dessus tout, c’est enseigner. Et formuler : « quand on est pharmacien, on le reste. »

Vision, mission, action résument pour lui le travail d’une vie d’entrepreneur. Acharné de travail, enivré par ses huiles, ancré par sa famille, le PDG de Pranarôm rêve de se reconvertir en fermier sur une terre africaine. Il souhaite y générer en amont la production des cultures de plantes aromatiques, et assurer l’approvisionnement toujours plus conséquent des laboratoires, dû au succès grandissant de l’aromathérapie. Grandir, se grandir, dans une dimension humanitaire, car il est convaincu « qu’il n’y a plus de place pour une société qui exploiterait. Il faut un retour à la terre, à la base, au souffle vital de la richesse générée par les entreprises. » Sur ses plantations, il ouvrira certainement des dispensaires et des écoles. Aider les autres, n’est-ce pas aussi s’aider soi-même ?

Si vous lâchez une goutte d’huile sur une feuille, elle fera son travail elle-même, et ira doucement séduire le thérapeute, ou le patient. « Nous serons des semeurs d’huile. Je fais entièrement confiance aux pouvoirs des huiles essentielles. »

Ce que ce scientifique aime par-dessus tout, c’est enseigner. Et formuler : « quand on est pharmacien, on le reste. »

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Barbara Claeys
Barbara Claeys

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